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Violences. Nayib Bukele peut-il exporter en Haïti sa guerre contre les gangs ?

CLICAS Dès mars 2024, Nayib Bukele président de la république du Salvador depuis le 1er juin 2019. avait affirmé que son gouvernement pouvait résoudre la crise croissante de la violence en Haïti. Il estimait qu’il lui suffisait pour cela d’« une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, du consentement du pays hôte et de la prise en charge de tous les coûts de la mission ».

Cette déclaration avait suscité de nombreuses critiques, similaires à celles provoquées aujourd’hui par son ultimatum aux groupes criminels haïtiens.

Certains ont toutefois apporté leur soutien au président salvadorien, à l’image de son homologue dominicain, Luis Abinader. Celui-ci a publié sur X le message suivant : « Je partage la position du président Nayib Bukele, que nous devons soutenir : défendre la dignité et la vie de ces quatre Salvadoriens qui sont allés travailler en République d’Haïti. »

Cependant, plusieurs voix mettent en garde le chef de l’État salvadorien : les gangs haïtiens n’ont pas grand-chose en commun avec les bandes criminelles qu’il a réussi à démanteler grâce à sa politique de fermeté.

Cette stratégie repose notamment sur un état d’exception en vigueur depuis quatre ans et sur une prison de haute sécurité.

Les maras, comme on les appelle également, sont apparues aux États-Unis dans les années 1980, au sein de la diaspora centraméricaine, avant de s’implanter en Amérique centrale à la faveur des expulsions massives de migrants.

« Elles étaient divisées en cellules relativement autonomes, appelées C, et accordaient depuis des années une grande importance à tout un univers symbolique, fait de tatouages, d’une sorte d’argot et d’une longue liste de signes d’identification », explique l’anthropologue Juan Martínez dans une vidéo publiée en collaboration avec le projet journalistique Dromómanos.

« Ces gangs étaient extrêmement violents et ont maintenu la population salvadorienne sous leur emprise pendant au moins deux décennies », poursuit Juan Martínez, qui a étudié leurs modes de fonctionnement pendant plusieurs années.

« À partir du milieu des années 1990, ils ont instauré un système de représailles réciproques : « Tu m’attaques, je t’attaque à mon tour. » Ils ont également mis en place différents systèmes d’extorsion qui ont particulièrement frappé les populations les plus vulnérableCependant, ces gangs n’ont jamais disposé d’importantes capacités militaires ni d’armes de guerre. Une différence notable avec Viv Ansanm — « Vivre ensemble » en créole haïtien —, la coalition de bandes criminelles à laquelle la GSF est confrontée en Haïti.

« Les groupes criminels haïtiens ont adopté un profil qui se rapproche davantage de celui des milices. Ils contrôlent et administrent des territoires qui s’étendent sur des centaines de kilomètres, prélèvent des taxes sur la population et les activités commerciales, contrôlent les routes et les points de contrôle, et disposent d’armes et de munitions de qualité militaire », souligne Romain Le Cour, de l’organisation Global Initiative.

À cela s’ajoutent une police « débordée » et un système judiciaire qui ne fonctionne pas, poursuit l’expert. Mais surtout, il souligne que ces groupes « n’agissent pas seuls ».

« Ils se maintiennent grâce au soutien d’acteurs politiques, économiques et, dans certains cas, de membres des forces de sécurité, qui les appuient lorsque cela sert leurs intérêts. Pourtant, ces réseaux restent en grande partie intouchables : très peu ont fait l’objet d’enquêtes et presque aucun n’a été poursuivi en justice », conclut-il.

Face à cette situation, « Le Salvador peut envoyer la moitié de son armée, mais les gangs haïtiens vont les dévorer comme des poulets », a déclaré la semaine dernière Santiago Riverón, maire de Dajabón, une commune dominicaine située à la frontière avec Haïti, dans des propos rapportés par le quotidien Listín Diario.

« À ce stade, et connaissant la manière dont les choses se règlent en Haïti, les chances que ces militaires soient encore en vie sont minimes. Il n’y a donc aucune possibilité de négociation. Ce qui se profile, c’est un affrontement armé entre les troupes salvadoriennes et les gangs (…) », a écrit sur X Humberto Salazar, analyste et ancien membre du Parti de la libération dominicaine.

Face à ce type de commentaires, Nayib Bukele a répondu vendredi sur X qu’il poursuivrait son plan sans en tenir compte.

« De nombreux messages, analyses et commentaires affirment que les gangs haïtiens ne sont pas comme ceux du Salvador ; qu’ils sont sanguinaires, lourdement armés, que personne n’a réussi à les vaincre, que toutes les missions ont échoué, que nous tombons dans un piège, que nous ne savons pas à quoi nous nous attaquons, que ce sera notre perte et que nous marchons vers notre Waterloo », a-t-il commencé.

« Mais lorsque Dieu nous accordera la victoire, ceux qui tiennent aujourd’hui ces propos changeront de discours. Ils diront que cela a toujours été facile, que n’importe qui aurait pu le faire et que les gangs haïtiens n’étaient pas aussi dangereux qu’on le pensait. »