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Movie. Les limites de l’IA dans le cinéma

LES FRERES LUMIERE L’IA est déjà largement présente dans la fabrication des films, mais de façon souvent invisible. Le véritable débat ne porte donc plus seulement sur son utilisation, mais sur ses limites, la place de l’humain dans la création et surtout sur la nécessité d’informer le public lorsqu’une œuvre a été modifiée ou créée avec l’IA.

L’intelligence artificielle transforme déjà profondément l’industrie du cinéma, souvent de manière discrète et difficilement perceptible par le public. Contrairement à l’idée d’une production entièrement automatisée d’images ou de films, l’IA est surtout intégrée à des outils existants : effets spéciaux, écriture, doublage, restauration et retouche d’images ou de voix.

À Hollywood, la question est devenue particulièrement sensible depuis la grève des scénaristes de 2023, qui a conduit à l’obtention de premières garanties contre le remplacement des auteurs par l’IA. Le débat s’est ensuite déplacé vers la question de l’usage artistique de cette technologie.

Les films The Brutalist et Emilia Pérez, candidats aux Oscars 2025, ont ainsi suscité la controverse après avoir utilisé le logiciel Respeecher pour améliorer certaines performances vocales. Dans les deux cas, ces interventions étaient pratiquement indétectables par les spectateurs. Cela illustre une caractéristique essentielle de l’IA au cinéma : contrairement à l’arrivée du son, de la couleur ou du numérique, son influence peut rester invisible.

Toutefois l’IA n’est pas uniquement utilisée pour gagner du temps ou réduire les coûts. Certains cinéastes l’emploient comme outil artistique, notamment pour créer des images étranges, oniriques ou surréalistes. Rebecca Zlotowski et Nicolas Saada revendiquent ainsi des usages créatifs de l’IA. Le réalisateur roumain Radu Jude va encore plus loin dans Dracula, en utilisant volontairement des images IA médiocres et stéréotypées pour porter un regard critique sur les clichés imposés au cinéma roumain.

D’autres productions, comme Here de Robert Zemeckis, utilisent l’IA pour rajeunir ou vieillir les acteurs, en s’appuyant sur des milliers d’images de Tom Hanks et Robin Wright.

Le principal problème qui se dégage de tous ces exemples est donc celui de la transparence. Si le spectateur ne peut pas savoir qu’une voix, une image ou un visage a été modifié par l’IA, doit-on obliger les producteurs à le signaler ? L’objectif serait notamment de préserver la relation de confiance entre le public et les artistes.

Les institutions commencent à réagir. L’Académie des Oscars envisage de demander aux productions de déclarer leur recours à l’IA. En France, le ministère de la Culture souhaite également modifier les règles du CNC afin que les aides publiques privilégient les œuvres reposant sur une véritable création humaine.