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NOYAUZERONETWORK.ORG / GENEVA, SWITZ.
Arnold Schwarzenegger “Les politiciens de Washington restent à ne rien faire”

TERMINATOR Arnold Schwarzenegger est lui aussi préoccupé parl’élection présidentielle aux États-Unis. La star de cinéma et ex-gouverneur républicain de Californie explique ce qui ne va pas dans la politique américaine et comment ce pays divisé peut redevenir les États-Unis.

Arnold Schwarzenegger, alors que la campagne électorale bat son plein, est-ce que cela vousdémange de revenir en politique et d’entrer dans l’arène?

Non, comme je ne suis pas né aux États-Unis, je ne peux pas me porter candidat au poste qui m’intéresse. Et d’ailleurs, je ne suis pas de ces politiciens de carrière dont le seul but est de se faire réélire.

Cela vous dérange-t-il de ne pas pouvoir vous présenter à la présidence en tant que citoyenaméricain naturalisé?

Oh, moi, ce que j’ai accompli dans la vie, je le dois non seulement à la discipline, à une vision à long terme et à l’audace, mais surtout aux États-Unis. Ce pays m’a offert toutes les opportunités que j’ai saisies, je ne vais donc pas me plaindre de la seule possibilité qui ne m’est pas ouverte. Les États-Unis restent le plus exceptionnel des pays et je vis en Californie, l’État le plus exceptionnel de ce pays.

Quels seraient vos thèmes de campagne si vous pouviez vous présenter à l’élection?

L’égalité est une priorité en ce moment. Je voudrais qu’un enfant noir à Philadelphie ou à Baltimore ait les mêmes chances que moi quand je suis arrivé ici. J’ai eu accès à de bonnes écoles, j’ai pu emprunter de l’argent facilement, acheter des biens immobiliers et me constituer un patrimoine. Les minorités ont beaucoup plus de mal à obtenir ces choses. Nous avons en fait besoin d’une nouvelle loi sur les droits civils. Mais nous n’avons même pas encore ancré l’interdiction du lynchage dans la loi. C’est effarant!

Que signifierait concrètement une nouvelle loi sur les droits civils?

Les démocrates et les républicains doivent se réunir et travailler ensemble sur l’égalité des chances. Il faut que tout le monde soit traité sur un pied d’égalité devant la loi, en matière pénale, sur le plan du logement, etc. Il est impératif aussi que tout le monde puisse voter. Pas comme maintenant, où des bureaux de vote sont fermés, surtout dans les zones à forte population noire, afin de rendre le vote plus difficile. Ce n’est pas juste. Nous avons besoin de nouvelles lois sur l’égalité. Et ce n’est que le début d’une longue liste de problèmes à résoudre.

Pourquoi est-ce le cas?

Parce que les politiciens sont paresseux et qu’ils ne sortent pas du système politique. Tout ce qui les intéresse, c’est de conserver leur place. Même s’ils ne recueillent que 18% d’opinions favorables, 95% d’entre eux sont réélus. Quand ils ont atteint la limite du nombre de mandats, ils  savent faire, c’est de la politique politicienne. Mais ce type de politique ne fait que se mettre en travers des bonnes politiques.

En avez-vous fait l’expérience en tant que gouverneur?

Nous n’avons bien sûr pas pu faire tout ce que nous voulions. Il est toute façon impossible de tout accomplir. Mais ma vision était claire: en tant que républicains, nous travaillons avec les démocrates et vice versa. Je sors les cigares et nous nous réunissons, nous parlons en fumant et nous nous comportons en amis qui font des compromis. De nos jours, nous sommes loin des compromis. Le président Trump alimente la discorde entre les camps opposés.

Pourquoi n’y a-t-il quasiment aucune voix critique au sein du parti républicain à ce sujet?

Il ne faut pas surestimer le président. Les démocrates et les républicains de Washington doivent réapprendre à voir l’autre parti comme un partenaire et non comme un ennemi. Il n’y a pas d’ennemis aux États-Unis. J’ai été le premier invité de la nouvelle émission de télévision du révérend noir Al Sharpton, une figure de la gauche. Je l’ai aidé parce qu’il m’a aussi aidé à l’Institut Schwarzenegger en participant à mon événement sur le racisme. En général, il ne faut pas compter sur les capitales pour donner l’impulsion du changement.

Que voulez-vous dire?

Prenez l’Accord de Paris sur le climat: 70% des pays n’ont pas tenu les promesses faites il y a cinq ans. C’est décourageant. Mais les gens peuvent encore agir, par exemple acheter des produits locaux qui n’ont pas besoin d’être transportés dans le monde entier et réduire ainsi les émissions de gaz à effet de serre. La population compte trop sur les décisions issues des centres de pouvoir. Le mouvement antiapartheid en Afrique du Sud n’a pas débuté à Pretoria, pas plus que le mouvement américain des droits civils ou le mouvement des femmes à Washington. Le pays est pourtant plus divisé que jamais.

Comment les États-Unis peuvent-ils sortir de cette crise d’identité?

Gauche, droite, centre, thématiques libérales, thématiques conservatrices: tout ça, c’est du «bullshit». Il n’y a que des thématiques qui touchent la vie des gens.

Comment la protection de l’environnement peut-elle être un sujet réservé à la gauche?

L’atmosphère n’est pas de gauche. Nous respirons tous le même air. Mais le président Trump s’est retiré de l’Accord de Paris sur le climat et il considère que le changement climatique n’est pas prouvé… Oui, mais le fonctionnement des États-Unis ne repose pas sur une seule personne. Prenez la Californie, la cinquième puissance économique au monde. Nous avons les lois environnementales les plus strictes, mais aussi l’économie la plus performante. Depuis mon entrée en fonction en 2003, nous avons réduit les émissions de gaz à effet de serre de 25% et augmenté le pourcentage d’énergies renouvelables de 14 à 50%, par exemple grâce à l’initiative pour la construction durable ou le renforcement des directives sur les émissions. La Californie représente 12% de la population américaine, mais gère 50% du capital des technologies vertes. Les énergies solaire et éolienne, les voitures électriques, etc. créent des emplois verts et sont tournées vers l’avenir. Washington n’aurait qu’à nous copier et à investir dans des technologies d’avenir. Mais les politiciens de Washington restent assis à ne rien faire. Cependant, le boom technologique en Californie provoque la hausse du prix des habitations et aussi du nombre de personnes sans logement. Le problème des sans-abri est un enjeu national. En Californie, nous avons en plus des SDF qui viennent d’ailleurs, attirés par notre climat. Il est en effet plus facile de dormir dehors ici que dans d’autres États. La crise immobilière est due à l’arrêt de la croissance des années 1980 et 1990 prôné par les environnementalistes. Mais ce n’est pas parce que l’on ne construit pas que les gens arrêtent de venir. Lorsque je suis arrivé en Californie à la fin des années 1960, 18 millions de personnes vivaient ici. Nous sommes désormais 40 millions.

Que pensez-vous de l’actuel gouverneur démocrate, Gavin Newsom?

Il travaille dur et est ouvert à la coopération. Il a fait appel à deux ex-gouverneurs républicains, Pete Wilson et moi-même, pour le conseiller dans la crise du coronavirus et, ensemble, nous avons pu résoudre quelques problèmes. Nous n’étions pas préparés à la pandémie. Nous ne sommes pas non plus préparés à un tremblement de terre majeur. Et il y a encore toutes ces lignes électriques qui traînent, qui allument des feux que nous ne pouvons éteindre qu’avec difficulté. Heureusement, il a compris que les démocrates n’avaient pas le monopole des bonnes idées.

Vous faites partie des populations à risque pour le coronavirus. Tourneriez-vous un film en ce moment si vous en aviez l’occasion?

Je ne préférerais pas. J’ai la chance de ne pas avoir besoin de cet argent, je peux donc me permettre d’être très prudent. Comme ma mère et ma grand-mère, j’ai une malformation cardiaque pour laquelle j’ai subi deux opérations. Donc je ne tournerai plus jusqu’à ce que je me sente vraiment en sécurité sur un plateau.

En parlant de santé, c’est le matin et vous avez déjà fumé un cigare et mangé quelques biscuits durant notre interview via Zoom. Qu’en dit votre médecin?

Ça ne l’enchante pas, évidemment. Mais je ne fume qu’un cigare par jour et les cookies sont véganes. Ils ne sont pas trop sucrés.

Les sucreries sont donc votre point faible?

Oui, j’ai un vrai faible pour tout ce qui est sucré. Quand quelqu’un vient nous rendre visite et que cette personne nous apporte des douceurs, je suis au paradis! J’aime la glace,le strudel aux pommes, les pâtisseries, les cookies et le chocolat noir aux noisettes. Est-ce vraiment un point faible? Mais c’est vrai qu’il y a des choses plus saines à manger…

Vous êtes récemment devenu grand-père pour la première fois. Qu’avez-vous ressenti?

C’est la première fois qu’on me félicitait pour quelque chose qui n’avait rien à voir avec moi (rires). Je suis tellement heureux pour Katherine. Elle a toujours voulu fonder une famille. Je suis si fier qu’elle m’ait fait confiance et qu’elle ait mis la petite dans mes bras peu après la naissance. C’est vraiment un très beau bébé! Elle ressemble à une figurine en porcelaine Hummel.

Pour conclure, revenons à l’élection de ce 3 novembre. Allez-vous voter pour votre collègue de parti, Donald Trump?

Je ne dirai pas pour qui je vais voter. Mais je vais vous dire une chose: il y a des aspects sur lesquels je suis d’accord avec Donald Trump. Je ne pense pas non plus qu’il faut être d’accord sur tout. Mais on peut beaucoup parler. Au final, ce dont on a besoin maintenant, ce sont des plans concrets. Nous parlons de l’égalité des droits pour les minorités depuis cinquante ans. En 1912, Teddy Roosevelt parlait déjà d’une assurance maladie universelle. Nous n’en avons toujours pas aujourd’hui. Ce n’est pas étonnant que les gens soient frustrés, surtout en ce moment où, à cause de la pandémie, ils perdent leur assurance maladie en même temps que leur emploi. Pas assez de bureaux de vote, des accusations de fraude, une pandémie: connaîtrons-nous le vrai gagnant après les élections? La confiance est brisée lorsque vous avez le sentiment que le système ne fonctionne pas correctement. Mais il faut quand même voter. Le coronavirus n’est pas une excuse si tout le monde respecte les règles et porte un masque en gardant ses distances. Ceux qui veulent voter par correspondance doivent pouvoir le faire. Le gerrymandering, soit la manipulationpar les partis politiques du découpage des circonscriptions électorales, est également un problème. À l’Institut Schwarzenegger de l’Université de Californie du Sud, nous étudions comment réformer ce système corrompu. La démocratie peut être fastidieuse. Mais elle reste le meilleur système que nous ayons.

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