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Iran : les Pasdarans, de la légitimité sacrificielle au pouvoir coercitif total

AMANTS DE LA MORT L’histoire des Pasdarans est celle d’une transformation progressive d’une force révolutionnaire sacrificielle en un appareil militaro-politico-économique dominant, dont la légitimité religieuse originelle s’est muée en une logique de prédation et de répression, tout en restant structurellement indispensable à la survie du régime islamique.


I. Une légitimité fondée sur le sacrifice et le myth

À l’origine, les Pasdarans tirent leur légitimité d’un imaginaire héroïque et mystique forgé pendant la guerre Iran-Irak. Leur engagement, marqué par l’absence de hiérarchie formelle et par le sacrifice massif de jeunes combattants, s’inscrit dans une symbolique chiite du martyre (Kerbala, Achoura).
La figure du javānmard cristallise cette idéalisation : le combattant est un « amant de la mort », prêt à offrir sa vie dans une quête spirituelle. Ce capital symbolique constitue le socle moral sur lequel le régime assoit durablement l’autorité du Sepah.


II. La violence comme matrice fondatrice

Dès leur création en 1979, les Pasdarans sont engagés dans des opérations de répression intérieure, notamment au Kurdistan iranien. La guerre ne fait qu’amplifier une pratique déjà existante : l’usage systématique de la violence contre des populations civiles ou marginalisées.
Le recours à des enfants-soldats, instrumentalisés par une propagande religieuse cynique, révèle une contradiction profonde entre le discours sacralisé du sacrifice et sa réalité : une gestion industrielle de la mort.


III. L’alliance organique avec le Guide suprême

Le lien fusionnel entre le Sepah et le Guide suprême est le cœur du système. Les Pasdarans ne disposent pas d’une légitimité autonome : ils existent par la validation religieuse du Guide, qui en retour dépend d’eux pour assurer sa survie politique et physique.
Cette relation de dépendance mutuelle explique leur loyauté absolue et leur rôle central dans les grandes séquences répressives récentes.


IV. De la militarisation du politique à l’économie de prédation

Après la guerre, le Sepah s’institutionnalise et investit progressivement la politique intérieure, puis l’économie. Grâce à la reconstruction, à l’autofinancement régional et à la création de holdings géantes, les Pasdarans bâtissent un empire économique transversal.
Cette domination économique produit deux effets majeurs :

  • une autonomie financière renforçant leur pouvoir coercitif ;
  • une corruption structurelle, qui délégitime définitivement leur image auprès de la population.

V. La rupture symbolique : de javānmard à nāmard

Le renversement de l’image des Pasdarans dans l’opinion publique iranienne est central. D’anciens héros deviennent des nāmard, figures de la lâcheté et de la violence sans honneur.
Cette rupture marque la fin du consensus mémoriel autour de la guerre Iran-Irak et révèle l’épuisement du récit révolutionnaire. Le Sepah conserve la force, mais a perdu l’adhésion.


VI. Une nouvelle génération et l’illusion du coup d’État

Les transformations récentes (renouvellement des cadres, militarisation accrue, implication de l’armée régulière dans la répression) montrent une adaptation stratégique plutôt qu’un affaiblissement.
Contrairement à l’hypothèse du coup d’État, les Pasdarans n’ont aucun intérêt à renverser le système : leur pouvoir repose précisément sur leur position interne, leur droit de veto et leur capacité à peser sur la succession du Guide suprême.


Les Pasdarans incarnent la mutation d’un idéal révolutionnaire en appareil de domination totale. Leur trajectoire révèle une constante : la sacralisation de la violence comme fondement du pouvoir.
Si leur emprise demeure intacte, leur isolement moral et symbolique face à la société iranienne ouvre une contradiction majeure : un régime qui tient par la force, mais ne tient plus par le sens.