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Haïti : trois jours après l’assassinat du président Jovenel Moïse, le mystère reste entier

Plusieurs jours après l’assassinat du président haïtien, les autorités du pays s’interrogent sur le rôle et l’importance des mercenaires colombiens.

La police patrouille dans les rues de Pétionville, en Haïti, le 9 juillet 2021. – Une escouade de 28 membres composée de Colombiens et d’Américains a assassiné le président Jovenel Moise, selon la police haïtienne, mais on sait encore peu de choses sur l’auteur de l’assassinat et leurs motifs.

L’assassinat d’un président, l’implication d’anciens militaires colombiens et une traque qui s’étale sur plusieurs jours. Ce n’est pas le scénario d’une nouvelle série à suspense, mais bien le bourbier dans lequel est plongé Haïti depuis plusieurs jours. Déjà en proie à la pauvreté sur fond d’enjeux sécuritaires tendus, l’État des Caraïbes se trouve sur le qui-vive, trois jours après l’assassinat de son président Jovenel Moïse. Si quelques pièces du puzzle font leur apparition, aucun détail n’a émergé sur les raisons de cet acte ou sur l’identité de ses commanditaires. Si l’on sait que le commando armé qui a exécuté le président était composé de 28 personnes (26 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne), le mystère sur cet assassinat reste entier.  

Preuve que le mystère est épais, les officiels du gouvernement haïtiens ont “pris la décision extraordinaire” vendredi “de demander aux Etats-Unis d’envoyer des troupes pour protéger le port, aéroport, réserves d’essence et autre infrastructure-clé”, de peur que ce pays “déjà fragile ne s’enfonce plus encore dans la tourmente”. Dans ce petit pays de 11 millions d’habitants, chacun semble aux aguets, essayant de comprendre comment une telle attaque a pu se produire. Alors que la traque se poursuit, un coup d’oeil vers la Colombie permet d’obtenir d’en savoir plus. Au total, dix-sept anciens militaires colombiens sont soupçonnés d’être impliqués dans l’assassinat. Ils auraient appartenu à l’armée nationale et se sont désengagés entre 2018 et 2020, a déclaré le général Jorge Luis Vargas, le chef de la police colombienne, lors d’une conférence de presse à Bogota. 

Au fur et à mesure, quelques éléments sur leur parcours commencent à fuiter dans la presse internationale. Au moins onze des suspects sont arrivés dans la région par avion en passant par la République dominicaine voisine dès le 4 juin. L’un d’eux, Manuel Antonio Grosso Guarín (capturé) a publié des photos sur son profil Facebook montrant des sites touristiques à Saint-Domingue. A partir du 6 juin, date à laquelle ils sont entrés en Haïti, ces personnes ont planifié l’homicide sur une période de 32 jours, jusqu’au 7 juillet, rapporte le journal espagnol Vanguardia. Pour mettre sur pied leur plan, le groupe se retrouvait régulièrement au Royal Oasis Hôtel, établissement de luxe à dix minutes de la résidence du président, informe The Washington Post.  

“Des machines à tuer”

Le président colombien Iván Duque et son ministre de la Défense Diego Molano ont assuré que tout le soutien nécessaire serait fourni pour éclaircir les zones d’ombre qui demeurent. Si les Haïtiens ont été choqués de voir des armes étrangères impliquées dans le meurtre de leur président, la nomenclature du pays d’Amérique du Sud et son histoire offrent des clés de compréhension. Dans ce pays gangrené par la violence, les militaires – entraînés par les soldats américains – ont passé des années à combattre des groupes d’insurgés ou des trafiquants de drogue. Réputés dans le monde entier pour leur capacité à tuer, il est fréquent qu’ils trouvent du travail auprès d’entrepreneurs militaires privés basés aux États-Unis. 

Manuel Antonio Grosso Guarín a le profil idéal : il était actif dans l’armée de terre et son curriculum vitae le fait apparaître comme un expert des activités de commandement spécial.” Après tant d’années de guerre, la Colombie dispose d’un surplus de personnes formées aux tactiques meurtrières”, a déclaré Adam Isacson, directeur de la surveillance de la défense au Washington Office on Latin America (Wola) dans les colonnes du média britannique The Guardian. Depuis deux décennies, leurs capacités bien spécifiques les ont placés dans l’arène des mercenaires internationaux. “Des machines à tuer qui vendent leurs compétences à celui qui peut le mieux les payer”, décrit le quotidien colombien El Tiempo. Souvent la “carrière” de mercenaire se révèle très attractive sur le plan financier.  

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