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Interview. John Lydon: « les maisons de disques tuent les idées »

NEW ALBUM. John Lydon – ancien Sex Pistols – sort aujourd’hui «What The World Needs Now», un 10e album avec son groupe Public Image Limited. Interview avant sa venue aux Docks de Lausanne.

Pour faire court sur l’immense carrière du bonhomme, c’est vers 1978 que Johnny Rotten – chanteur des Sex Pistols – est redevenu John Lydon. La même année il crée Public Image Limited (PiL) et ne cessera de faire perdurer les messages de sa jeunesse avec des disques post-punk toujours teintés de bouillonnement. Et, bien que PiL ait connu des hauts et des bas, ils reviennent avec une envie dévorante, un dixième album studio et une tournée. A leur tête, l’icône anglaise de 59 ans, exilée à Los Angeles, insiste sur le fait qu’il se sent «citoyen du monde avant tout». Mais ne s’est pas assagi pour autant. Coup de fil.

Ce dixième album et cette tournée, qu’est-ce que cela signifie pour vous?
(Il explose de rire.) C’est que comme ça que j’existe, vous savez! Cela signifie tout pour moi, je ne vis que pour ça, c’est le plus beau cadeau que la vie m’ait jamais donné. Me dévoiler sans filtre sur scène, le cœur et les tripes ouverts pour mon public, c’est ça qu’on fait avec Public Image Limited.

Vous avez créé PiL en 1978, ça s’est toujours bien passé?
Non. J’ai tout le temps eu des problèmes avec les maisons de disques. Elles pensent que ma musique est trop extrême, donc difficile. C’est pour ça que maintenant on est indépendants. On a tout financé nous-mêmes parce que, de toute façon, ça les emmerdait de nous aider.

 

Vraiment?
Mais oui! Sérieusement, on ne m’a jamais aidé. Jamais. Je ne sais pas pourquoi, je dois avoir une de ces gueules qui ne plaisent pas… Je suis fier de ce que j’ai fait et de moi. C’est parfois pris pour de l’arrogance.

Au temps des Sex Pistols peut-être, mais aujourd’hui?
Vous savez, j’ai eu la vie dure, mais jamais je ne me suis plaint. Je reste debout comme un homme, et ça, dans le milieu de la musique, ça ne passe pas.

Et ce titre «C’est la vie», qu’est-ce que ça signifie pour vous?
C’est la vie, c’est une manière de dire adieu au chagrin. A tous les soucis que j’ai pu avoir et que je n’ai plus envie de traîner. La déchirure nécessaire pour regarder devant malgré la misère ambiante.

Vous parlez quelques mots de français?
Mon plus gros souci avec le français, c’est la prononciation. Ma voix en français ressemble à celle d’un mec qui va commettre un meurtre (rires). Je ne veux pas infliger ça à quelqu’un et je vous l’avoue: ça me terrorise de parler une langue étrangère.

Terrorise! Vraiment?
Oui, je suis timide au plus profond de moi. Et, concernant la langue, j’ai tellement investi dans le fait de bousiller l’anglais que je n’ai pas le temps d’en flinguer une autre.

Et l’Angleterre. Est-ce que la famille royale vous manque?
Je pense que je dois beaucoup leur manquer à eux, même si j’étais très impopulaire là-bas. Je pense avoir été le vilain petit canard assez longtemps, donc ils ne me manquent pas. Et, même si j’aime toujours mon drapeau, je n’aime pas les cérémonies pompeuses. Je me sens désolé pour ce pauvre peuple anglais qui n’a pas d’autre choix que de supporter ça. J’ai beaucoup d’empathie pour eux.

Quand on a écrit un hymne tel que «God Save The Queen», quelles traces ça laisse dans une vie?
Tout ce négatif que l’opinion et les médias ont voulu me coller dessus, c’était hard… J’ai toujours ce sentiment d’avoir eu les couilles de faire face à l’opinion. Je pense que ceux qui font des choses comme moi, savent qu’il peut y avoir des conséquences. J’ai accepté ces conséquences.

Quelles conséquences?
En dénonçant des choses, j’ai accepté de mettre ma tête sur le billot pour me faire guillotiner. C’est bizarre, mais, quand vous faites face et que vous créez quelque chose, vous engendrez du ressentiment et de la jalousie. C’est la nature humaine. Et, accessoirement, pour revenir à «God Save The Queen», c’est une putain de bonne chanson!

On utilise le logo des Sex Pistols sur des cartes de crédit, ça vous convient
Quand ils nous ont approchés, on a trouvé ça drôle comme pied de nez. Je trouve ça génial de pouvoir avoir une carte de crédit Sex Pistols (rires). Imaginez la tête des banquiers à travers le monde!

Votre meilleur souvenir de votre ancien groupe?
Je n’en trouve pas un de précis si ce n’est avoir fait de la bonne musique. Ma vie a évolué, et j’ai des choses plus importantes à faire et à partager aujourd’hui.

C’est plus facile de faire de la musique à présent?
Non. Rien n’a vraiment changé. Il y a un tout petit monopole de groupes et d’artistes que les maisons de disques utilisent pour dominer le marché. Il n’y a pas de place pour le reste. C’était pareil dans les années 1970. Regardez par exemple les Grammy Awards: chaque année, on voit les mêmes artistes. Chaque année! Comment ça peut être vrai? Comment ça peut être juste? Rien ne semble changer, et personne n’ose s’en plaindre. Le résultat, c’est que ça tue toutes les idées neuves. Ça tue les vrais groupes. La mort de la musique live est pour bientôt.

La mort du live! Carrément?
Je pense. Aujourd’hui, les éloges vont à ce que j’appelle un «cirque». Des shows hyperélaborés avec danseuses, light show et tout le tralala. Ce sont tous des mimes, ils font tous pareil. C’est Las Vegas en pire.

Pour vous, qui est punk aujourd’hui?
Je ne m’intéresse pas trop aux autres musiciens en ce moment, je me focalise sur PiL et notre tournée, donc je n’écoute pas grand-chose. Mais, pour citer un exemple de ce qui peut être punk, c’est le projet ObamaCare (l’assurance-maladie pour tous aux Etats-Unis, ndlr) qui m’a fait déménager aux Etats-Unis. C’est la première fois que ce pays a osé montrer qu’il croyait en l’espoir en prenant des risques pour ses enfants oubliés, et ça, c’est quelque chose qui me parle. Pour moi, c’était trop dur de vivre en Angleterre. Trop d’animosité de ce que j’appelle le «shit’stem».

Vous avez déjà joué en Suisse, des souvenirs?
Pas vraiment. Moi, tant qu’il y a des humains, ça me convient. Je ne m’intéresse pas à votre gouvernement, ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de connecter des vies, c’est ça que je fais. Chez vous, c’est facile de venir jouer mais, dans les pays musulmans, c’est plus compliqué… Mais pourquoi, c’est tellement curieux? De mon point de vue, toutes les religions ne sont que poison. Elles empêchent les individualités et vous font oublier qu’à la base votre dieu vous a donné un cerveau pour penser. C’est un piège. Je veux communiquer avec l’entier de l’espèce humaine, c’est pour ça que je bosse. C’est de ça qu’on parle dans ce nouvel album.

Finalement, de quoi a besoin le monde maintenant?
De plus de transparence et de déconnexion, sinon le monde va rapidement nous échapper. Internet, c’est un poison. Foncez dans les bibliothèques et allez voir des artistes en live. Le live, c’est le partage, la connexion.

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