Serie. Mr.Scorsese
MASTER Dans Mr. Scorsese, disponible sur Apple TV+, la réalisatrice Rebecca Miller dresse un portrait intime, foisonnant et parfois brutal du cinéaste new-yorkais Martin Scorsese. À travers cinq épisodes denses, elle explore la trajectoire unique de cet enfant malade devenu l’un des plus grands réalisateurs américains, obsédé par le mal, la rédemption et le pouvoir de l’image. Témoignages rares, images d’archives et confidences personnelles révèlent l’homme derrière l’œuvre.
Du cinéma comme refuge à la révélation artistique
Dès l’enfance, Martin Scorsese voit sa vie marquée par l’asthme. Trop fragile pour jouer avec les autres enfants dans les rues de Little Italy, il passe son temps entre sa chambre et les salles de cinéma, emmené par son père surtout pour profiter de l’air climatisé. Ce sont ces heures passées devant l’écran, dans l’obscurité, qui façonnent chez lui une sensibilité artistique précoce. Dans Mr. Scorsese, il raconte comment, incapable de vivre normalement, il a commencé à observer le monde à distance — à travers une fenêtre, puis à travers une caméra.
Cette perspective à part nourrit un rapport singulier à la violence et à la solitude, deux thèmes centraux de ses films. L’un de ses amis d’enfance, Salvatore “Sally Gaga” Uricola, ancien voyou de quartier, témoigne à l’écran : c’est en partie lui qui a inspiré Johnny Boy, le personnage joué par Robert De Niro dans Mean Streets (1973). À travers les souvenirs de proches, anciens gangsters ou camarades de jeunesse, la série retrace comment la réalité des rues new-yorkaises s’est imprimée dans l’esthétique nerveuse et viscérale de ses premières œuvres.
Le documentaire revient aussi sur les années sombres. À la fin des années 1970, miné par une consommation excessive de cocaïne et l’échec commercial de New York, New York, Scorsese est hospitalisé en urgence, victime d’une hémorragie interne. C’est Robert De Niro qui l’aide à se relever en lui proposant de mettre en scène Raging Bull. Un film fondateur, conçu comme une rédemption, qui marquera un tournant artistique et personnel. « C’est le cinéma qui m’a sorti de la mort », confie-t-il.
Un cinéaste en quête de foi, d’amour et de transmission
Rebecca Miller ne se contente pas de retracer la carrière de Scorsese. Elle interroge également l’homme, ses contradictions, ses blessures, sa foi. Dans l’un des moments les plus touchants de la série, le réalisateur évoque son rapport au catholicisme : une croyance longtemps chaotique, marquée par des allers-retours entre rejet et réappropriation. De La Dernière Tentation du Christ (1988) à Silence (2016), Scorsese poursuit une quête spirituelle personnelle, tout en affrontant l’hostilité des religieux intégristes.
Le dernier épisode dévoile une facette plus intime, presque inconnue du public. Aujourd’hui octogénaire, il veille avec tendresse sur sa femme Helen Morris, atteinte depuis des années de la maladie de Parkinson. Le documentaire montre un homme apaisé, lucide sur ses fautes passées, mais désormais tourné vers les autres : sa fille Francesca, les jeunes cinéastes, et surtout le patrimoine du 7e art. À travers sa Film Foundation, il a déjà permis la restauration de plus de 900 œuvres du cinéma mondial.
Au fil des épisodes, les interventions de ses proches collaborateurs et amis Robert De Niro, Leonardo DiCaprio, Sharon Stone, Steven Spielberg, Spike Lee, Thelma Schoonmaker, entre autres enrichissent le portrait d’un créateur à la fois torturé et généreux. Loin du simple hommage, Mr. Scorsese s’impose comme un récit de vie intense, tourmenté et profondément cinéphile.

